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Dimanche 21 octobre 2012 7 21 /10 /Oct /2012 06:12

Pour la première fois, en 2007, selon la Banque Mondiale, le nombre de citadins a dépassé le nombre de ruraux, faisant de l'espace urbain, le lieu d'habitation majortaire des terriens. Cette urbanisation est encore plus prégnante dans les pays développés, où les 2/3 de la population vivent dans les villes.

Mais si la ville est aujourd'hui un paysage familier, si la norme est d'être un urbain, ce ne fut pas le cas avant le 19eme siècle, où les ruraux étaient majoritaires.

Toutefois, l'urbanisation est un phénomène très ancien, qui est apparue à la fin de l'ère néolithique, où l'apparition de l'agriculture a sédentarisé les chasseurs-cueilleurs nomades qui sont devenus des agriculteurs attachés à leur terre. La première cité connue, Uruk, est apparue en Mésopotamie, au cours du IVeme millénaire avant J-C, et c'est dans cette région que vers -3000 avant J-C, l'écriture a fait son apparition, sortant l'histoire des âges sombres de la préhistoire pour la projeter dans l'Antiquité.

Mais si les termes "cité" et "civilisation" sont étymologiquement liés par la racine latine "civitas", qui lie la ville à la citoyenneté et à l'épanouissement de la technique et des arts, l'espace urbain est aussi perçu comme un lieu plein de noirceur, où le crime et la corruption peuvent régner, comme dans les récits bibliques sur Babylone, où la concentration des populations peut générer des révoltes et des révolutions, mettant en péril l'ordre établi, transformant l'espace habité en "enfer urbain", comme certaines mégalopoles actuelles, rongées par la délinquance et la pollution en donnent le triste exemple.

C'est cette dimension janusienne de la ville que nous allons traîter, de la ville lumière à la sombre cité,  en suivant une trame chronologique, de la cité antique, dans laquelle s'épanouira la civilisation, aux mégapoles actuelles.

 

I°) La ville, creuset des civilisations ?


L'apparition de la ville est concomitante à l'invention de l'écriture, et il est fort probable que la première ait enfanté la seconde, faisant de l'espace urbain le lieu où s'épanouira la civilisation. Il n'en reste pas moins que dès son origine, la ville inspire aussi de la crainte, par son pouvoir de corruption des âmes, notamment dans le récit biblique.


a°) La cité biblique.

 

Dans le récit biblique, c'est Caïn, l'agriculteur, qui tua son nomade de frère, Abel, condamné par Dieu à l'errance pour son crime, il créa la première ville, dans le pays de Nod, le pays de l'errance, baptisée Hénoch, qui signifie le "commencement".

C'est dans cette nouvelle ville, que naîtra l'artisanat du métal, avec Tubalcaïn, mais aussi l'art, avec le joueur de flûte, Youbal.

Dès l'origine, la ville est associée au travail agricole ou artisanal et à la création artistique, fonction laborieuse et culturelle qui sont toujours d'actualité.

Mais dans la geste biblique, la ville peut prendre des atours plus diaboliques, puisqu'abritant des créatures pêcheresses, comme à Sodome et Gomohrre, détruites par le feu divin.

 

b°) Uruk, la première ville connue.

 

Uruk est la cité la plus ancienne que nous connaissons, dans le sud de l'Irak, sur les bords de l'Euphrate, apparue au cours du IVeme millénaire avant J-C. Elle est le fruit de la révolution néolithique qui vit l'homme domestiquer les plantes et créer l'agriculture, qui attacha le paysan à sa terre, sédentarisation des hommes qui contrastait avec le nomade chasseur-cueilleur. On retrouve d'ailleurs cette opposition sédentaire/nomade dans le récit biblique, avec Caïn, l'agriculteur, qui tua son frère, Abel, l'éleveur.

C'est ici que fut crée l'écriture dite cunéiforme, en -3000 avant J-C, ligne de partage entre la préhistoire et l'Antiquité, preuve que la civilisation urbaine naissante était propice à l'épanouissement d'une civilisation de l'écrit.

 

c°) La beauté vénéneuse de Babylone.

 


C'est la ville de Babylone, créée dès le IIeme millénaire avant J-C, qui connaîtra son "âge d'or" à l'époque de Nabuchodonosor II, au 6eme siècle avant J-C, avec ses mythiques jardins suspendus, décrits par les auteurs grecs, mais qui sera vilipendée par le récit biblique, puisque la Génèse y situe la célèbre Tour de Babel, symbole de l'orgueil des hommes, 

 

babel tour tower

(La Tour de Babel, de Pieter Brueghel l'Ancien, 1563)

 

paradigme de la corruption, antre de Lucifer, dans la tradition chrétienne.

On retrouve ici la vision païenne, gréco-romaine de l'espace urbain, lieu de la citoyenneté et de l'épanouissement de la civilisation, alors que la perception judéo-chrétienne fait de la cité un espace corrompu (Sodome et Gomohrre ou Babylone) où les hommes se perdent et qui ne pourra jamais être à l'image de la perfection de la cité céleste, chère à Saint-Augustin. La ville symobolise l'orgeuil des hommes face à Dieu, puisqu'elle signifie, implicitement, l'émergence d'un espace autonome où les hommes se géreront eux-mêmes. (On peut lire l'essai de Jacques Ellul, Sans feu, ni lieu, sur l'interprétation biblique de la ville).

 

 

d°) La cité grecque et romaine, creuset de la citoyenneté et de la civilisation.

 

La guerre de Troie, narrée par Homère dans L'Iliade, qui est indirectement liée à la naissance de Rome, a profondément marqué l'imaginaire occidental. Mi-réelle, mi-légendaire, ce siège de la cité de Troie, en Asie Mineure, par une coalition d'achéens, donne une image militaire des cités de l'époque, protégées par leurs épaisses murailles.

Les "cités-Etats" grecques, la "polis", associe intimement, l'urbanité à la citoyenneté et est composée d'hommes libres et autonomes qui ont décidé de vivre ensemble en se soumettant à la loi de la cité. La statut de citoyen vivant dans la "polis", distingue le monde grec civilisé du barbare. La loi est tellement importante pour les citoyens grecs, que Socrate refusa de s'enfuir pour éviter la peine capitale et préféra accepter le verdict de ses juges en buvant la cigüe. Même si la cité grecque excluait de son fonctionnement politique les femmes et les esclaves, il n'en reste pas moins que c'est dans cet espace, notamment à Athènes, qu'une nouvelle organisation politique vit le jour, la démocratie, et que l'esprit philosophique naquit, dans l'Académie platonicienne ou le Lycée aristotélicien. La cité grecque fut avant tout le lieu de la modernité politique, autour de l'agora et de l'apprentissage du savoir.

La "civitas" latine reprit l'héritage de la "polis" grecque, puisque le terme désignait autant la "citoyenneté" que la "civilisation".  La cité romaine était donc, comme chez les grecs, la limite entre le monde civilisé et la barbarie, frontière tracée par la charrue de Romulus, fondateur de Rome, en -753 avant J-C, délimitant cet espace quasi-sacré, franchi par Remus, qui paya ce blasphème par la mort. 

La Rome impériale sera pendant 5 siècles, le berceau de la puissance, concentrant les attributs du pouvoir, qui se déclinait dans des ouvrages monumentaux, comme le Colisée

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(source:wikipedia)

 


les arcs de triomphe de Vespasien et de Titus, les marchés de Trajan, ou les superbes thermes de Caracalla, sans oublier le forum, haut lieu du pouvoir politique. La civilisation urbaine romaine parsèmera tout l'Empire, et ses marques sont encore présentes aujourd'hui, en Provence, avec les arènes d'Arles et de Nîmes, le théâtre antique d'Orange, comme dans toutes les anciennes provinces impériales.

La chute de Rome en 476 après J-C, emportée par la fureur des barbares, sera la revanche de ces nomades guerriers, contre la sédentaire civilisation romaine.

Seule Constantinople, capitale de l'Empire romain d'Orient, survivra avec magnificence, jusqu'à sa chute, en 1453, contre les turcs ottomans. La cité de Constantin gardera les oripeaux de la puissance impériale, qui s'inscriront dans la Basilique Sainte-Sophie, érigée dès 532, par l'architecte et mathématicien, Isidore de Milet,  sur l'ordre de l'empereur Justinien le Grand, prodige de l'architecture de l'époque, avec sa monumentale coupole. Près de 10 siècles plus tard, Mehmet II, le sultan ottoman, la transformera en mosquée, 

 


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uniquement surpassée par la Mosquée Bleue, deux siècles plus tard, dans un face à face muet et séculaire,

 


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faisant de l'actuelle Istanbul, une ville-monde, passerelle entre l'Orient et l'Occident, l'Europe et l'Asie, baingée par les eaux du Bosphore, attestant que la ville est un haut lieu de religiosité.

 

e°) Les fonctions traditionnelles de la ville.

 

L'espace urbain que ça soit en Mésopotamie, en Grèce ou à Rome concentrent certaines fonctions immuables que l'on retrouvera dans toutes les aires géographiques et à toutes les époques. On peut donc parler de :

- fonctions politique, administrative et juridique, puisque c'est dans la ville que siège le pouvoir politique et judiciaire.

- de fonctions commerciale et  financière, puisque c'est dans la cité que marchands et banquiers se livrent à leur commerce.

- de fonctions éducative et sanitaire, puisque c'est dans la ville que se développe écoles et hôpitaux.

 - de fonctions culturelles et de divertissement, qui vont du musée aux salles de spectacles.

II. La ville au Moyen-Age: déclin et renouveau.

 

a°) Les royaumes barbares et le déclin citadin.

 


La fin de Rome, en 476 après Jésus-Christ ne fut que le point final à une longue agonie et promut ces nomades de barbares par rapport aux sédentaires et urbains romains. L'Empire éclata sous l'effet des forces centrifuges et les villes se dépeuplèrent, laissant les ouvrages d'art non entretenus. La logique barbare était plus nomade que sédentaire, et les vagues successives de tribus généraient un grand désordre.

Les francs mérovingiens puis carolingiens étaient avant tout des guerriers, et le centre du pouvoir se déplaça des villes vers les châteaux-forts, forteresses militaires gérant des fiefs, matrice de la future féodalité. 

Le commerce se déplaça dans les abbayes et monastères bénédictins puis cisterciens, où les moines bâtisseurs, suivant la règle de Saint-Benoît, se servaient du travail manuel comme un labeur rédempteur. C'est le temps des abbayes de Cluny, fondée en 908 ou de Cîteaux, créée en 1098, avec leurs moines qui défrichent et mettent en valeur le territoire, devenant de véritables petits entrepreneurs.

 

b°) La révolution communale et l'essor urbain.

 

Juste après l'an mil, l'essor démographique et le lent enrichissement va entraîner un essor urbain. Connu sous le nom de "révolution communale", elle se caractérise par l'essor de certaines villes du coeur de l'Europe, comme en Champagne, où ont lieu des foires très actives, lieux d'échanges commerciaux qui enrichissent une classe de commerçants. 

Il n'est d'ailleurs par étonnant que certains ordres religieux, comme les dominicains, loin de s'éloigner des villes, comme le firent les bénédictins et les cisterciens, éloignement qui illustrait la méfiance des chrétiens envers la corruption citadine, reviennent au coeur des villes, en ce XIIIeme siècle, pour prêcher la bonne parole !

C'est dans cette ville "nouvelle" que vont d'ailleurs s'épanouir des universités médiévales, à Chartres, Paris ou Oxford,  lieu d'enseignement du savoir scientifique où trône la nouvelle figure de l'intellectuel, comme l'aura précisé Jacques Le Goff, dans Les intellectuels au Moyen-Age.

Dans la péninsule italienne  des cités maritimes comme Gênes ou Venise se font une spécialité du commerce au long cours, en Méditerranée, interfaces entre l'Orient et l'Occident, s'enrichissant de manière exponentielle et agrémentant leurs cités, de superbes palais, comme le palais des Doges, à Venise, édifié à partir de 1340, jouxtant la piazza san marco et immortalisé par les peintures d'un Gentile Bellini, qui se fit le témoin privilégié de la magnificence vénitienne.

 

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(Procession sur la place saint-Marc de Gentile Bellini, 1496).

 


En Allemagne du Nord, autour de la mer Baltique, de nombreuses cités sont créées à la fin du XIIeme siècle, comme Lübeck, Rostock et, rapidement, une association de marchands nommée la Hanse,  va se créer entre les différentes cités teutonnes, dès le milieu du XIIIeme, pour déboucher sur une Ligue des villes hanséatiques très puissante, qui accouchera d'une nouvelle bourgeoisie marchande.

 


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(Hans Holbein, "Hans-Georg Gisze, Marchand allemand à Londres", 1532)


En Flandres aussi, une cité comme Bruges connaîtra un essor sans précédent, avec ses draperies et sera même acceptée, comme Londres, dans la ligue hanséatique. Elle sera invesite par les marchands vénitiens, au début du XIVeme siècle, comme les Epoux Arnolfini, immortalisés par Jan Van Eyck, en 1432, témoin, en cette occasion, de l'émergence d'une bourgeoisie marchande dans les cités de la fin du Moyen-Age.

 

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(Source:wikipedia)

 

Cette montée en puissance de cette bourgeoisie urbaine, sera symbolisé par le défi qu'Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris,  lancera au dauphin Charles, le 22 février 1358, signifiant la puissance de la nouvelle classe bourgeoise naissante. Certains y verront les prodromes de la Révolution française !

L'image du noble chevalier reclu dans son château laissera sa place au bourgeois, marchand ou banquier, comme le peindra Quentin Metsys, en 1514,

 

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(Le banquier et sa femme, de Quentin Metsys, 1514)

 

 

 qui peupleront les villes comme un Jacques Coeur, à Bourges, qui fit construire un palais très en avance sur son temps. 

Les rois de France alors en campagne en Italie, seront fascinés par cet essor de la civilisaion urbaine, dans la péninsule, éblouis par les palais florentins des Médicis ou des Ricardi, par le Duomo de Brunelleschi, par le Sfumato de Léonard de Vinci, qui finira sa vie au Clos-Lucé, à Amboise, invité par François Ier. Ces rois de France  toujours aussi nomades, d'ailleurs, allant de chateaux en palais, le long de la Loire, avec le vainqueur de Marignan qui fait édifier un immense château renaissance, à Chambord, loin des cités bourgeoises, vieux réflexe nobiliaire attaché à la terre et à la chasse !

Alors que les palais italiens s'inscrivent dans le tissu urbain, et qu'Alberti redonne ses lettres de noblesses à l'architecture, dans son Art d'édifier (1450) ,les châteaux français s'en vont toujours à la campagne, signe que les temps ont du mal à changer, dans le royaume de France, et qu'il faudra attendre Henri IV, pour que la royauté se fixe définitivement à Paris.

 

III.La ville aux deux visages.

 


Après la chute de Constantinople, en 1453, le commerce méditerranéen va être interrompu sous la pression des turcs ottomans, affaiblissant les cités italiennes et déplaçant le centre marchand de l'Europe vers les Flandres et la Hollande. La découverte de l'Amérique, en 1492,  ne fera qu'accélérer ce phénomène de translation vers le nord de l'Europe, la commerce méditerranéen étant surpassée par le commerce atlantique.

 


a°) La ville, creuset du capitalisme.

 


C'est dans les Provinces Unies, à Amsterdam puis à Londres, que vont se développer les prémices d'un capitalisme moderne, sous la houlette de puissantes compagnies commerciales, comme la compagnie des Indes Orientales, créée en 1602, et qui fut la première société anonyme de l'histoire. Le port d'Amsterdam connaîtra son âge d'or au XVIIeme siècle, au niveau commercial mais aussi artistique, avec l'école des peintres néerlandais qui sera portée au zénith par Rembrandt et Vermeer. La dynamique urbaine s'inscrit aussi sur les toiles, comme ce Grand marché de Haarlem, de Gerrit Berckheyde, en 1696, qui nous dévoile l'architecture batave.

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Amsterdam deviendra, en ce siècle, la capitale du commerce et de la finance mondiale, surpassée un siècle plus tard par la thalassocratie britannique et Londres, ville la plus peuplée du monde, au 19eme siècle.

Alors que la civilisation marchande anglo-saxonne s'inscrit dans le tissu urbain, Louis XIV déplace le centre du pouvoir à Versailles, en-dehors de Paris, comme si le roi-soleil ne voulait voir ce Paris bourgeois et retrouver l'habitude des Valois qui préféraient les châteaux de la Loire à la capitale !

 

b°) La ville et les classes dangereuses.

 

Mais l'essor urbain amène son cortège de problèmes. La ville étouffe dans sa gangue médiévale, enserrée dans ses antiques remparts, et les populations s'entassent dans des espaces réduits et insalubres.  Au 17eme siècle, les vagabonds, mendiants et autres voleurs trouvent asile au coeur de la ville, dans les cours des miracles, décrites par Ollivier Chereau, en 1630, dans son livre "le jargon, le langage de l'argot déformé" où l'auteur narrait la vie des mendiants qui élisaient le roi des Argotiers, qui mandait à tous les gueux du royaume. Victor Hugo s'inspira de ce livre pour Notre dame de Paris.

En 1667, Louis XIV manda à Nicolas de La Reynie d'éradiquer ces zones de non-droits. Malgré de nombreuses arrestations qui enverront des milliers de gueux aux galères, marqués au fer rouge, la répression ne pourra endiguer ce fléau social. Il restera de l'action de La Reynie un éclairage public qui éclairait les rues sombres avec des lanternes.

C'est en 1840 que sera établi le lien entre les classes laborieuses et les classes dangereuses avec le livre de Frégier, Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes.

Eugène Sue nous narrera les bas-fonds parisiens dans ses Mystères de Paris, décrivant les ouvriers miséreux comme des "barbares aussi en dehors de la civilisation que les sauvages peuplades si bien peintes par Cooper" et Jack l'Eventreur terrorisera les quartiers populaires de l'East End, à Londres, dont Jack London décrira la misère, dans Le peuple de l'abîme.

 

c°) La révolution au coeur des villes.

 

La révolution française dont Paris avait été le phare, avait démontré que les populations urbaines pouvaient être dangereuses pour les pouvoirs constitués. L'émergence d'une classe ouvrière au coeur des villes, au 19eme siècle,  va générer des révoltes et des mouvements révolutionnaires, comme celui des canuts lyonnais, en 1831, juste après les journées de Juillet 1830 qui avaient emporté, une nouvelle fois, les Bourbons.

En 1848, ça sera le Printemps des Peuples qui enflammera les capitales européennes et sera fatal à Louis-Philippe, mais c'est surtout la Commune de Paris, en 1871.

Le percement de grands boulevards, sous le 2nd Empire, répond aussi à des exigences de sécurité publique, permettant aux forces de police voire à l'armée d'intervenir plus aisément dans les centres-villes.

 

d°) Croissance urbaine et ségrégation sociale.

 

L'apparition des transports en commun comme le train et l'exode rural vont générer une croissance urbaine inconnue jusqu'alors. Les villes vont se dilater vers les campagnes proches, sortant de leurs forteresses médiévales. Les banlieues vont naître, espace syncrétique, mi-ville, mi-campagne, n'ayant aucun des atouts des deux espaces. Cités dortoirs, pour la plupart, elles vont surtout accentuer la ségrégation sociale et la spécialisation de l'espace dans les villes. La cité médiévale, engoncée dans ses remparts, mélangeait les classes sociales et les activités économiques. La dilatation de l'espace urbain va ventiler les populations selon un critère financier et va se traduire par l'émergence de quartiers spécifiquement ouvriers, comme dans la ceinture parisienne et de quartiers aisés. 

L'activité industrielle, vecteur de pollution et de nuisances, va se déplacer vers la banlieue, laissant au centre des villes les activités de commerce et financière participant à la tertiarisation des centres-villes. 

 


e°) Vers la ville lumière.

 

L'afflux de population  vers les villes va obliger à une modification de l'espace urbain. Privilégiant les flux par rapport aux structures, voulant irriguer la ville par des grandes voies de communication, le Baron Haussmann va, sous le 2nd Empire, transformer Paris, en perçant des boulevards, ponctués par de vastes places, dont celle de l'Etoile. Mais à ce fonctionnalisme communicatif, va se conjuguer une approche esthétique non négligeable. A l'harmonisation des styles architecturaux, ce constructeur de Baron va parsemer la capitale d'ouvrages monumentaux comme l'Opéra Garnier et de nombreuses églises qui vont embellir la ville, faisant de l'espace urbain un musée à ciel ouvert. Il faut dire que l'idée de patrimoine faisait son chemin sous l'action de Viollet Le duc, qui restaurera les édifices médiévaux, comme Notre-Dame-de-Paris. Le renouveau religieux aura aussi ses représentants, à Montmartre, avec le Sacré-Coeur,

 

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à Lyon, avec Notre Dame de Fourvières ou encore à Marseille, avec la Basilique Notre-Dame-de-la-Garde, future bonne-mère, protectrice des marseillais.

 


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La Tour Eiffel, érigée en 1889, sera le point ultime de cette évolution vers la ville-musée et la verticalité, honorant le progrès exposé à l'Exposition universelle.

 

La ville se transforme aussi sous l'action de nouvelles infrastructures, comme les gares (la gare de Lyon), ou des salles de spectacle, comme l'Olympia, à Paris, en 1893 ou l'Alcazar à Marseille, sans compter  la création de nouveaux magasins comme  Le Bon Marché, "cathédrale de commerce pour un peuple de clients"comme l'écrira Emile Zola dans "Au bonheur des Dames", symbole de cette société de consommation en train de naître. 

Des espaces verts font aussi leur apparition, avec la constitution des grands parcs, comme le Bois de Boulogne à Paris (1852), Central Park à New-Tork (1857), qui répondent aux besoins de verdure des habitants.

L'éclairage public au gaz puis à l'électricité fait son apparition, en 1878 à Paris, faisant passer, littéralement, les villes de l'ombre à la lumière !

 

Conclusion:

 

Apparues en même temps que l'agriculture, en -3000 avant Jésus-Christ, elles furent intimement liées à l'activité économique  et au pouvoir politique, dès son origine. Chez les grecs et les romains, les termes "polis" et "civitas" étaient géographiques mais aussi politiques, puisque ils confondaient cité et citoyenneté. L'espace urbain sera donc le lieu privilégié de l'activité politique et sera le creuset du capitalisme naissant, à la fin du Moyen-Age, vecteur d'un décollage économique qui fera la suprématie de l'Occident. Au 19eme siècle, la croissance urbaine possible, grâce au progrès technique, va faire sortir la ville de son corset médiéval et va créer de nouvelles entités urbaines, les banlieues, modifiant les manières de vivre des citadins. Si la cité sera de nouveau, le lieu privilégié des arts et du progrès, avec ses Expositions Universelles et ses nouvelles verticalités, la ville nouvelle, de plus en plus dilatée, sera aussi l'espace de nouvelles ségrégations sociales, qui annonceront des lendemains qui déchantent.

 

Un QUIZZ sur la ville.

 

Par Tietie007 - Publié dans : CULTURE GENERALE - Communauté : Passion Histoire
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